Chronique des palais moribonds # Épisode 4

 RDC : Edem Edouard Kodjo, le facilitateur qui facilite la complication

Il existe dans le monde certains hommes que l’on n’arrive pas à classer, des hommes que l’on place dans la case « hors-catégorie ». Celui dont je vais vous parler est exceptionnel dans son genre. Depuis les balbutiements de son entrée en politique jusqu’au crépuscule de sa carrière, il a mobilisé tout ce qu’il a de ressources (intelligence, diplômes, relations) pour se spécialiser dans un domaine : l’enfumage politique. Edem Edouard Kodjo est dans son genre une espèce en voie de disparition.  Il est le parfait prototype de « l’opportuniste » chanté par Jacques Dutronc dans sa célèbre chanson. Vous savez, celui qui à chaque révolution

retourne sa veste au point de retourner son pantalon. Celui qui est pour le communisme, le socialisme et en même temps pour le capitalisme. Celui qui crie « Vive la révolution ! » et en même temps « Vive les institutions ! »

C’est sans doute pourquoi au Palais de la Nation à Kinshasa, Kabila a le sourire quand il le voit arriver et quand il l’entend parler. Il a l’art de mélanger son monde et de savoir nager dans toutes les eaux troubles. Sa technique est toujours la même : embrouiller tout le monde par des tours de passe-passe langagiers au point de faire passer son idée. La secrétaire générale de la Commission Africaine, Nkozasana Dlamini-Zuma dont le mari n’est autre que le président sud-africain, Jacob Zuma proche de Joseph Kabila, l’a nommé pour une mission de facilitation qui n’a pas d’objet : faciliter le dialogue entre l’opposition et le pouvoir en place. Pourquoi faire ? Il a affirmé cette semaine : « Nous sommes pour le respect scrupuleux de la Constitution et nous sommes pour le respect scrupuleux des délais constitutionnels requis » Pourquoi devrait-il alors y avoir un dialogue ? La constitution est claire, il ne faut que l’appliquer. Où est l’objet de son travail ?

Dans son pays d’origine au Togo, on n’a jamais su le classer. Opposant ou membre du camp présidentiel, il a fait tellement l’aller-retour que ses pieds ont fini par s’user sur les marches du perron présidentiel. Obnubilé par le fauteuil présidentiel, cet avide du pouvoir ne s’est fait doubler que par l’obsession du dictateur Eyadema de placer son fils Faure au pouvoir. Il était tout à fait capable de demander à Eyadema de l’adopter comme fils pour qu’il prenne sa place.

Sacré Édouard ! Même à la retraite, il reprend du service pour un nouveau rôle d’enfumage. Il nous étonnera toujours.

 

Gabon : Ali, Bongo, quand la femme se fâche, le secret est dehors !

Libreville, un doux après-midi. Palais du bord de mer. Le téléphone sonne. On décroche.

- Palais de la présidence de la république du Gabon, j’écoute.

- Oui, c’est la première dame cachée. Passez-moi le président.

- Euh… C’est qui ?

- Vous entendez bien, c’est Joyce Ondo, la première dame cachée, oubliée, ignorée tout ce que vous voulez. C’est la mère de la fille qu’il n’a pas reconnu Amissa.

- Un instant s’il vous plaît.

Ali Bongo arrive en sueur, énervé, son ventre proéminent à découvert…

- Joyce, tu oses appeler ici ? Tu ne sais pas que ma femme est là ?

- Je m’en fous ! Ali, tu as osé me traiter de kamikaze parce-que j’ai dit que j’allais réfléchir ?

- Oui tu es une kamikaze ! Je t’ai donné toutes ces années 15000€ par mois. Je t’ai offert une Lexus, une Mercedes, une maison. Je t’ai proposé un gros montant pour que tu ne révèles pas l’existence d’Amissa. Mais tu veux que mon pouvoir tombe. Tu es une sorcière.

- Ah bon je suis une sorcière hein ?

- Oui, sorcière doublée de kamikaze.

-…

Un silence s’installe puis à travers le combiné téléphonique, Ali Bongo entend les paroles d’une chanson d’Hilarion Nguema qu’il connaît bien : « Quand la femme se fâche, le secret est dehors ». Il s’évanouit dans le salon présidentiel.

 La suite on la connaît. Joyce Ondo, la mère de la fille cachée d’Ali Bongo fait connaître à travers les journaux français son existence. Elle demande des test ADN. Sachant que l’opposition réclame depuis des mois un test ADN pour démontrer qu’Ali n’est pas le fils d’Omar Bongo et qu’il ne pouvait se présenter à la présidence, au Palais du bord de mer, le réveil risque d’être douloureux pour Ali Bongo.

En tout cas, comme on dit au Kamerun, « le sang ne ment jamais ». La fille lui ressemble deh !

 

Guinée-Equatoriale : le fou et l’espace de lucidité

Un fou a toujours un moment où des espaces de lucidité viennent l’effleurer. Au Palais Africa de Bata, Téodoro Obiang Nguema donne une interview à ses amis de Jeune Afrique. L’ambiance est détendue. Le dictateur qui rêve de prendre la place de Khadafi dans le cœur des Africains se laisse aller à quelques confidences. On lui connaît des accès de folie, il est même célèbre pour cela. Remarquez, c’est un trait de famille puisque son oncle, Francisco Macias Nguema qu’il a déposé en 1979 au terme d’un coup d’état sanglant ordonnait aux citoyens de ne pas porter de chaussures pour mieux les humilier. Malgré tout, au cours de cette conversation amicale, arrive un de ces trop rares moments de lucidité chez le vieux dictateur : « Cela fait trop longtemps que je suis au pouvoir. C’est la dernière fois que je me présente ». Qui a dit qu’on ne pouvait pas guérir la folie ?

L’élection présidentielle a lieu dans le « Nguemaland » le 24 avril prochain. L’opposition n’existe pas.

Prions pour qu’au terme de son mandat, cet espace de lucidité lui revienne. On ne sait jamais…

 

Par Kalvin Soiresse Njall

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