Chroniques des Palais moribonds # Épisode 3

 Bénin : Yayi Boni, le faux Mitterand noir

Le 6 avril dernier au Palais de la Marina à Cotonou, on a assisté à une des plus belles scènes d’hypocrisie républicaine. Comme je vous le disais dans le premier numéro de cette chronique, le président sortant Yayi Boni cédait la place à son pire ennemi, Patrice Talon. Le premier est allé jusqu’à offrir une bible au second tout sourire. Voulait-il lui signifier que ses péchés lui sont

pardonnés ?

Une autre scène illustrative de la personnalité de Yayi Boni s’est déroulée la veille de la passation de pouvoir à la Marina. En effet, comme tous les présidents ou dirigeants qui partent, « le maquilleur au naturel » a voulu laisser une trace indélébile à travers son dernier discours officiel. Mais comme on le sait maintenant, il a une manière très particulière de marquer ses compatriotes : en faisant d’abord plaisir à la France. Souvenez-vous de ses pleurs dignes des prestations de pleureuses rémunérées invitées à un deuil. C’était pour montrer aux Français combien il compatissait suite à l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo.

Cette fois-ci, il voulait trouver une phrase choc. Celle qui allait mettre tout le monde d’accord. Et une fois encore, son réflexe de valet français est revenu. Il n’a trouvé d’inspiration qu’en allant copier le discours d’adieu de François Mitterrand dont la phrase la plus marquante était : « «Mes chers compatriotes, je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas »[1]. Comme le relate le quotidien béninois La Nouvelle Tribune, Yayi voulant impressionner a repris les mots de Mitterrand en les changeant juste un peu pour montrer qu’il est intelligent : « Chers compatriotes, je vous confie la République et partout où je serai mon esprit sera toujours avec vous. »[2]

Il a fini de faire le larbin, il attend sa récompense…

 

Congo-Brazzaville : Sassou le python avaleur

Avez-vous déjà vu un serpent se suicider ? Sassou Nguesso ne sera pas le premier à le faire. Ce n’est d’ailleurs pas si étonnant pour quelqu’un qui a dénommé les soldats de son ancienne rébellion putschiste « les Cobras ». Mais Sassou n’est certainement pas un cobra. Il a plutôt les gênes du boa ou du python. D’abord à force de se dépigmenter la peau, sa peau ressemble à celle du python qui vient de muer. Ensuite, le python n’a pas forcément l’aspect dangereux à y regarder de près. Il s’enroule doucement autour de sa victime, lui brise les vertèbres et l’avale. Après, il ne bouge plus.

Sassou fait croire à tout le monde qu’il préserve la paix. Mais il s’agit de la paix du serpent. Derrière, il affûte les armes et reprend la guerre en s’en prenant à un de ses adversaires militaires, le pasteur rebelle Ntumi. Sassou le charge d’une mission auprès de la présidence : promouvoir la paix. Néanmoins, ce dernier aura appris à ses dépens qu’on ne s’approche pas trop près du serpent. Cet animal aime jouer à cache-cache. En effet comment peut-on comprendre que depuis sa nomination en 2007, le pasteur Ntumi et Sassou-le-serpent ne se soient jamais rencontrés ?[3] Aujourd’hui, pour faire oublier sa frauduleuse et scandaleuse réélection, le Serpent attaque sa victime et affirme qu’elle a repris les armes. Le pasteur Ntumi s’est réfugié dans son fief du Pool. Le serpent le traque, il va bientôt l’avaler, le digérer et passer à une autre victime. Au Palais du peuple, comme le python, il prépare son ventre à l’accueillir. Sans oublier sa ration quotidienne du sang des Congolais.

Et pour dire qu’il n’a rien avalé, il a l’hebdomadaire Jeune Afrique dont le rédacteur en chef n’est autre que le mari d’une de ses nièces… François Soudan.

 

Côte-d’Ivoire : Bédié et la « maison du père » pleine d’argent

Au palais présidentiel d’Abidjan, on se frotte les mains. Enfin Alassane Ouattara va pouvoir mettre sur pied le parti éléphantesque, le parti-État dont il rêve comme au bon vieux temps de la dictature d’Houphouët-Boigny. À l’occasion de la célébration des 70 ans de l’ancien parti unique PDCI (Parti Démocratique de Côte-d’Ivoire), son président, Henri Konan Bédié, ancien ennemi juré de Ouattara pour la succession du vieux dictateur Boigny, devenu subitement son meilleur ami après que sa bouche rougie ait été cousu, a exaucé ses vœux. L’union entre le RDR (Rassemblement Des Républicains) et le PDCI va pouvoir enfin se faire. Pour la circonstance, Bédié a affirmé : « Il nous faut ramener dans la maison du père, les frères qui étaient partis ». Il oublie cependant de dire que si la maison du père est devenue si soudainement attirante, c’est en raison de l’argent que les « frères partis »  y ont mis pour faire taire les fils qui sont restés.

Bédié a un égo surdimensionné et la panse élargie. Pour satisfaire sa gourmandise légendaire, Ouattara n’a pas lésiné sur les moyens. Aujourd’hui, ce sont des millions qu’il reçoit ainsi que son nom donné de son vivant à plusieurs réalisations comme le pont Henri Konan Bédié. Sous Laurent Gbagbo déjà, Bédié percevait près de 22 millions FCFA. Aujourd’hui, il doit en recevoir énormément plus. Il ne peut qu’ouvrir largement la maison du père à ses « frères » qu’il voulait éliminer avant.

 

Algérie : Bouteflika, le chef qui n’a plus d’image

L’hebdomadaire Mondafrique rapporte cette semaine la colère de la présidence algérienne contre le journal Le Monde.[4] Lors du voyage de leur Premier Ministre Manuel Valls, les journalistes du Monde ont été privés de visa pour l’Algérie. Ils ont fait les frais de la colère de Saïd Bouteflika, le frère du président algérien, outré par la couverture du scandale des Panama papers dans lequel le chef de l’Etat est impliqué.

Au Palais d’El Mouradia, on ne badine pas avec l’image du président, même si ce dernier, ratatiné, fatigué, n’a même plus conscience qu’il avait une image. On ne se laisse pas honnir par les Français donneurs de leçons. À El Mouradia, on parle « d’atteinte à la dignité du président ». Vraiment ? Bouteflika et son clan connaissent-ils encore le sens de ce mot après avoir cannibalisé le pouvoir ? Peut-être qu’ils doivent aller demander conseil à Paul Biya pour ressusciter le président Bouteflika qui, à coup sûr, ne reconnaîtrait même pas sa propre image dans un miroir à l’heure actuelle.

 Par Kalvin Soiresse Njall.

 

 

[1] http://www.liberation.fr/france-archive/1995/01/02/mes-chers-compatriotes-je-crois-aux-forces-de-l-esprit-et-je-ne-vous-quitterai-pas_121480

[2] http://www.lanouvelletribune.info/benin/28412-yayi-mon-esprit-sera-avec-vous

[3] http://www.jeuneafrique.com/mag/316877/politique/congo-brazzaville-pasteur-ntumi-rattrape-vieux-demons/

[4] http://www.mondafrique.com/vengeance-de-said-bouteflika-contre-monde/

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