Chroniques des Palais moribonds # Épisode 1

Congo-Brazzaville : Sassou Nguesso, le stratège de l’obscurité

Pour passer au premier tour des élections présidentielles dans son pays le chef de l’État congolais, l’autocrate Nguesso s’est creusé la

tête et il a trouvé la formule magique. Elle n’était pas faite de lumière mais d’obscurité. Le 19 mars, le ministre de l’Intérieur congolais Raymond Mboulou a donné l’ordre de couper toutes les télécommunications du pays pendant 48h. Internet, SMS et téléphones ont cessé de fonctionner le 20 mars à une heure du matin. Du coup, les fraudes ont pu être orchestrées massivement en toute quiétude. Au Palais du Peuple à Brazzaville, on réfléchit déjà à une autre méthode pour la prochaine présidentielle : couper l’électricité dans tout le pays pendant une semaine !

 

Bénin : Yayi Boni et le calvaire de la passation de pouvoir

Au Palais de la Marina à Cotonou, c’est le branle-bas de combat. Le président béninois sortant a peur de se faire humilier le 6 avril prochain par Patrice Talon, son successeur, qui vient d’être élu. La haine que se vouent les deux hommes autrefois alliés est un secret de polichinelle. Yayi Boni a déclaré que tant qu’il serait président, Patrice Talon ne gagnera jamais les élections présidentielles. Ne dit-on pas qu’il ne faut jamais dire « jamais » ? Le pauvre Yayi souffre terriblement. Il a mal à son orgueil démesuré. Du coup, tous les conseillers du président Boni sont sur le pied de guerre. Ils doivent trouver des idées pour permettre au président de garder son calme. Sur son fauteuil, ce dernier n’a pas fini de fulminer et se demande quel sort il va réserver à Monsieur Talon : « Vais-je le gifler, lui cracher à la gueule ou lui casser sa grande gueule ? » se demande-t-il. Celui qui sait pleurer et se maquiller naturellement plus vite que son ombre est capable de tout. Rendez-vous le 6 avril pour savoir si Patrice Talon sortira indemne du tête-à-tête de 15 minutes prévu entre les deux hommes par le protocole.

 

Burundi : Pierre Nkurunziza, le néophyte du crowdfunding

Une longue et discrète complainte s’élève petit à petit au-dessus du Palais présidentiel de Kiriri. On y pleure car les caisses de l’État se vident à force de subir des sanctions internationales qui réduisent les aides financières au pays. Nkurunziza et ses proches faisaient les durs à l’annonce des premières sanctions. La réponse de l’apprenti-dictateur n’évoluait pas. Retrait de l’aide des Pays-Bas : « je m’en fous ! » ; retrait de l’aide de la Belgique : « je m’en fiche, qu’ils aillent au diable ces colons ! » ; retrait de l’aide au gouvernement de l’Union Européenne : « on s’en fout ! On a les Chinois ». Mais depuis l’annonce par l’Union Européenne de la réduction de ses financements au contingent burundais de la force de maintien de la paix en Somalie (Amisom), le président est soudainement devenu atone pendant que ses proches pleurent. Une grande partie de l’armée est concernée. Les soldats vivent très bien grâce à cette aide financière. Ils se bousculent d’ailleurs pour aller en Somalie malgré la barbarie des Shebab. Dans plusieurs pays africains, c’est connu : quand le soldat ne mange plus, le pouvoir tremble !

Afin de trouver une solution, Nkurunziza a entendu parler du crowdfunding. Il ne sait pas vraiment comment ça fonctionne mais il demande à ses conseillers de lui faire des propositions. Ceux-ci reviennent avec des noms : « crowd’in », « ulule », « wiseed », « KissKissBankBank ». C’est ce dernier qui retient son attention. Il dit à ses conseillers en souriant : « KissKiss, c’est sexy et BankBank nous fera gagner deux fois plus ! » Aux dernières nouvelles, Denis Sassou Nguesso, Idriss Déby, Joseph Kabila et Jacob Zuma se sont déjà proposés pour participer à ce crowdfunding.

 

Togo : Faure et la stratégie religieuse du « Une faute avouée est à moitié pardonnée »

Depuis ses deux voyages au Vatican avec sa mère – que les médias occidentaux ont pris pour son épouse -, le chef de l’État togolais, continuateur d’un régime au pouvoir sans discontinuer depuis 1967, semble avoir trouvé une inspiration divine. Inspiration rapportée au Palais présidentiel de Kégué à Lomé. La recette pour perpétuer son pouvoir : « une faute avouée est à moitié pardonnée ». En effet, Faure Gnassingbé est l’un des rares chefs d’État africains qui reconnaît ouvertement les tares de son régime sans toutefois y mettre fin. Il a compris qu’en avouant, le peuple togolais ne sera en colère qu’à moitié et que son régime tiendrait ainsi sans changer en profondeur les structures et les pratiques. Ainsi le 27 avril 2012, lors de son discours à l’occasion de la célébration du 62e anniversaire de la supposée indépendance du pays, il déclare : « … le plus petit nombre s’accapare des bien du pays au détriment du plus grand nombre… ». Les Togolais ont applaudi et leur colère marquée par des manifestations s’est atténuée. Rebelote ce 29 mars 2016 : le régime togolais n’arrive pas à justifier le fait qu’il n’y ait pas eu d’élections locales depuis 1987 et qu’il désigne seul et selon son bon vouloir les autorités municipales et locales. Le Togo est l’un des pays où le pouvoir est le plus centralisé au monde. Pour calmer la polémique, la même recette est servie. Faure avoue selon le site officiel de l’État togolais, republicoftogo.com : « Plusieurs fois, on a parlé des élections locales mais on n’a jamais réussi à les organiser… »[1]. Selon le même site il a reconnu que les choses avaient trainé pour des raisons politiques et structurelles, mais que le chantier était désormais engagé. Mieux avouer pour mieux reporter aux calendes grecques ?

Faure… il est vraiment trop fort… dans l’art de mélanger ses adversaires politiques et les populations.

 

Centrafrique : Faustin-Archange Touadéra et l’évitement de la colère de ses femmes

À la surprise générale, Faustin-Archange Touadéra, ancien ministre, candidat indépendant sans parti et sans députés a été élu président de la Centrafrique. On le sait, une fois élu, les courtisans et surtout les courtisanes se multiplient. Du coup, au Palais de la Renaissance à Bangui, les deux compagnes du nouveau président n’entendaient pas se faire piquer la place par d’autres. Le président Touadéra a compris le message et ne veut surtout pas tomber dans le piège dans lequel se trouve son homologue du Togo. En effet, le Togo n’a officiellement pas de première dame malgré les nombreuses compagnes qu’on reconnaît à Faure Gnassingbé. Pour éviter la colère imprévisible des femmes et ne pas tomber dans des problèmes, il a préféré se marier discrètement avec ses deux épouses le vendredi 25 mars dernier comme nous le rapporte le site d’informations Afriquenewsinfo.net.[2]

Il a dû écouter plusieurs fois la célèbre chanson du chanteur gabonais Hilarion Nguéma : « Quand la femme se fâche… »[3] Je vous le conseille d’ailleurs.

Un proverbe togolais ne dit-il pas : « le cœur de la femme est comme le fond de l’océan, on n’en voit jamais la fin » ?

À mercredi prochain pour une nouvelle chronique des Palais moribonds.

 

Par Kalvin Soiresse Njall (journaliste à Sous l'Arbre à Palabre)



[1] http://www.republicoftogo.com/Toutes-les-rubriques/Politique/Decentralisation-Faure-s-engage-et-consulte

[2] http://afriquenewsinfo.net/2016/03/28/centrafrique-touadera-se-marie-avec-ses-deux-femmes-dans-la-discretion/

[3] https://www.youtube.com/watch?v=OpVCw7KQnhw

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