Thomas Sankara: 21 décembre 1949 - 15 octobre 1987

« Bonjour ! Camarade... ? Frère... ? 
Malheureusement, l’histoire démontre, en vérité, que je ne suis ni l’un ni l’autre, pour toi. Sinon, il ne me serait pas arrivé, ce qui m’est advenu un certain 15 octobre 1987. Je t’appellerai par conséquent Blaise, pour l’occasion.
Cher Blaise, aujourd’hui, tu es à la croisée des chemins, apatride, et sans véritables amis, sans soutien et sans conseillers courageux et honnêtes. Même pas de frères lucides, capables de te dire la vérité même quand tu semblais aller droit dans le mur. Ta situation est encore plus cruciale au lendemain de la date anniversaire du DOP de notre naguère jeune révolution et surtout 3 jours à peine de la date désormais funeste du 15 octobre. Je sais que la fête anniversaire de ces évènements aura un goût très amer cette année, pour toi et les tiens.


Les derniers piliers de ton système se sont écroulés la semaine dernière. Je parle bien sûr de la chute vertigineuse de GOLF, ton ex ange-gardien et désormais ton talon d’Achille. Ce n’est pas trop tôt mais ça met un peu de baume au cœur de voir ce peuple au combat pour sa liberté et sa dignité. Ne pense pas que je me réjouis pour moi. De là où je suis, bien que par ta faute, le ressentiment n’opère plus. Je suis en paix avec moi-même. C’est loin d’être ton cas, je le sais. Bref, esseulé que tu parais être, je viens par le présent message d’outre-tombe, et cela malgré le lourd contentieux qui nous oppose, te faire quelques observations utiles et susceptibles de t’aider, sinon à assumer tes responsabilités devant l’Histoire et notre peuple, à te racheter une conscience. J’en profiterais également pour rétablir quelques vérités avec lesquelles tu as parfois pris des libertés.
Depuis mon élimination physique, par tes sbires, tu as pris une fâcheuse habitude à réécrire l’histoire dont nous avons été collégialement acteurs, d’abord en Haute-Volta puis au Burkina Faso. Des pans entiers de la Révolution d’août ont été travestis à travers tes paroles. Cela parce que par rapport à ce qui s’est passé le 15 octobre 1987, tu as été souvent juge et partie. Tu as refusé que la justice de notre pays examine la question de mon assassinat parce que tu savais que la vérité était tout autre. Peut-être même que la tombe qui m’est dédiée ne contient pas mon corps, ou tout simplement pas l’ensemble de ma dépouille. L’enquête le dira sans doute bientôt.
Lors du Sommet USA-Afrique, en août 2014, tu avais osé dire ceci à propos de la demande d’exhumation de mon corps : « Moi ça m’a surpris même cette demande, bien sûr, puisque je vois que chaque année, c’est sur cette même tombe que certains amis de Thomas se recueillent, donc pour moi ça m’a étonné d’ailleurs que ce soit parti à la justice. Donc je ne m’occupe pas du rôle de la justice ». Soit dit en passant, c’est quoi ce français que tu as baragouiné ? Lorsque ce qu’on veut énoncer n’est pas juste et clair, les paroles ne viennent pas facilement. C’est du Boileau dans la paraphrase.
Dis plutôt que tu avais la trouille que cette exhumation révèle au monde tes mensonges d’État. La première chose qu’une autopsie pourrait révéler au monde, c’est que mon corps a été criblé le balles. Ce qui eut été en contradiction flagrante avec la thèse de ma mort naturelle. Tu avais pourtant intérêt, personnellement, à ce que la vérité soit établie quant à l’identité et l’intégrité de ma dépouille. En effet, tu n’ignores pas que des hypothèses folles circulent à ce propos. Certains pensent encore que je suis séquestré quelque part dans un lieu perdu. D’autres racontent que mon corps est peut-être dans cette tombe de Dagnoën mais que ma tête a été offerte, en trophée, à un de tes alliés d’un pays voisin. Enfin, toi qui es de culture moaga, tu sais bien que le fait d’offrir des obsèques à un défunt est une chose capitale dans notre culture. Le fait de savoir où j’ai été enterré permettrait enfin que je cesse d’être un mort sans sépultures. Je ne m’éternise pas là-dessus... La réponse tombe ce mardi.
Entamons maintenant l’examen de tes mensonges historiques. Ton « storytelling » en quelque sorte.
Ton tout premier écart avec la vérité des faits débute le 19 octobre 1987 : lorsque tu es enfin sorti de ton long sommeil de quatre jours, tu as osé dire que j’étais un renégat, un autocrate traître à la Révolution. Tu as aussi dit que ma mort était due à un accident, alléguant que tes hommes étaient venus m’arrêter car je préparais ton assassinat le même jour à 20 heures. Et que c’est parce que j’ai tiré le premier que tes hommes ont dû m’abattre. Les civils qui étaient au Conseil ont-ils tiré eux aussi sur tes hommes ? Au vrai, j’étais prêt à me rendre mais l’on ne m’a pas donné l’occasion. Golf pourra désormais expliquer comment il a mis en pratique tes ordres.
Dans le cadre des 20 ans de ton règne
Deuxième grand écart avec les faits : le 18 octobre 2007, dans le cadre des 20 ans de ton règne, tu as entrepris de réécrire l’histoire, ou plutôt ta propre fable de la Révolution du 4 août. Lors d’une rencontre avec des jeunes, à Pô, Yé Bognessan, ton frère François et toi avez usurpé tout simplement la responsabilité historique de la Révolution. Ton frère aurait été une sorte de Raoul Castro burkinabè. Celui-ci a dit ce jour-là, cependant, une chose d’essentielle : « il y a de la gêne à parler de gens qui ne sont plus là... », en l’occurrence quand on les a tués, aurait-il dû ajouter !
Tu as dit, ce jour, que j’avais commencé à trahir la Révolution, dès le début, car, quand vous étiez près de la capitale, Ouagadougou, cette nuit-là, je vous aurais demandé de ne plus marcher sur Ouaga, car j’aurais prétendu avoir trouvé un terrain d’entente avec Jean-Baptiste Ouédraogo. Ce qui est un résumé un tantinet tronqué de notre échange. La vérité, c’est que j’ai souhaité qu’il n’y ait pas de morts inutiles. Je ne voulais pas d’un bain de sang. Et tu sais que les morts qu’il y a eu auraient pu être évités, comme ceux qu’il y a eu le 15 octobre 87, ceux de ton long et terrible règne, ceux des 30-31 octobre 2014 mais aussi ceux causé par le putsch risible de Golf, les 16 et 17 septembre derniers. Mes compagnons du 18/10/87 ne méritaient pas de mourir à mes côtés. Toi et moi, nous ne sommes pas faits de la même étoffe. Tu es un pragmatique calculateur, stratège militaire en politique, pour qui la fin a toujours justifié les moyens. Ce qui est aux antipodes de mes propres valeurs et convictions politiques. Je suis un humaniste révolutionnaire. Contrairement à toi, j’ai toujours pensé que le sort du peuple seul pouvait et devait être la mesure de la légitimité de l’action politique.
Tu disais à qui voulait t’entendre que ce sont mes errements qui m’ont conduit à dévier de l’éthique révolutionnaire. Tu me faisais porter la responsabilité du manque de liberté sous le CNR. Ce serait cela qui t’a conduit à mettre fin à mon autocratie et à rectifier la Révolution. Rectifier la Révolution ? Mon œil, oui ! Souviens-toi, en mai-juin 83, lorsque nous étions, clandestinement, en pleins préparatifs, tu n’étais pas sûr qu’il fallait proclamer la Révolution. Un putsch bête et méchant t(aurait suffi amplement.
A cette rencontre avec les jeunes, en 2007 à Pô, tu as dit une chose absolument vraie. A savoir que pour la présidence, c’était décidé « d’avance que c’était Thomas Sankara ». C’est exact, car j’étais le plus populaire et le plus connu d’entre nous, qui plus est je croyais fermement au pouvoir du peuple ! Mais tu sais pourtant qu’en ton âme et conscience tu voulais ce rôle. Tu n’as pas clairement revendiqué le leadership de la révolution, juste parce que pour toi ça ne devait pas en être une. Car le peuple n’a jamais été ta tasse de thé. Tu n’as jamais pensé que le peuple pouvait prendre en main sa destinée à travers l’action révolutionnaire. Pour toi, seule la stratégie militaire pouvait octroyer le pouvoir d’État. D’où ton manque de confiance aux civils. Il est vrai, qu’à l’époque déjà tu étais plus un lecteur de Machiavel que de Karl Max ou d’Engels. Golf a montré par son putsch éphémère qu’il a été à la bonne école ; à la mauvaise selon mon point de vue.
Peut-être l’as-tu su, un jour, que j’avais été destinataire de l’information selon laquelle, dès les premiers jours de la Révolution, tu avais pris une option pour en être l’unique chef à terme. Tu ne croyais pas en effet à la direction collégiale que nous avions choisie. Je sais aussi, par des amis à qui tu t’es confié, que si j’ai été accepté pour être le président du CNR, c’est uniquement parce que lors des manifestations des civils, jeunes et vieux, à Ouagadougou, à l’époque, c’était mon nom qui était scandé et pas le tien. Même si c’était toi, mon second au CNEC, qui était dehors et moi en prison. Souviens-toi également, que tu as dit (on me l’a rapporté) à tes amis proches qu’un peul-mossi ne pouvait pas diriger durablement le pays. Il fallait, pensais-tu, un vrai moaga de Ouaga ou d’une localité avoisinante. Tu pensais bien à toi, je crois ? C’est une preuve de plus de ton ignorance sur notre peuple.
J’ai su depuis ce temps là que mes jours étaient comptés à la tête de la révolution et de l’État. Te souviens-tu que j’ai dit clairement et à plusieurs reprises que si tu devais décider de me tuer, il n’y avait rien à faire. Cela s’est effectivement vérifié le 15 octobre 1987.
Je crois que je t’ai toujours fait peur avec mes références au peuple. Notamment quand je disais préférer faire un pas avec le peuple plutôt que mille pas sans le peuple. Tu pensais au départ que cela n’était que juste un effet de style mais tu as paniqué quand tu as compris que j’étais sincère.
Te souviens-tu d’une des nombreuses discussions que nous avons eues tous les deux au mois de septembre 1987 ? Avant ta revanche ! Je t’avais fait part de mon intention de normaliser la situation politique du pays ; justement dans le cadre de la pause que j’avais proposé dans un de mes derniers discours. Je t’avais dit clairement qu’il était maintenant temps d’instaurer une véritable démocratie populaire avec une constitution et des élections dans le cadre d’un pouvoir civil. J’ai été surpris par ta réaction, par l’humeur sombre qui t’a envahi au moment où j’ai prononcé ces mots. J’ai alors compris que les carottes étaient cuites désormais pour moi. C’est la raison pour laquelle dans ce discours d’octobre 1987, j’ai glissé cette phrase qui a dû te paraître curieuse et énigmatique : « La tragédie des peuples, avais-je dit, révèle les grands hommes et ce sont les médiocres qui provoquent ces tragédies ».
Cette formule s’adressait bien à toi mais pas en particulier. C’était en effet le fond de ma pensée. Pour moi, le pouvoir ne vaut pas la peine d’être conquis ni d’être exercé, si le sujet d’un tel pouvoir ne s’inscrivait pas dans une vision et un grand dessein politique. Ce n’était pas ton avis, je le sais. Le pouvoir a toujours été pour toi un moyen d’accéder à l’aisance matérielle et d’évoluer dans l’échelle sociale. La précarité dans laquelle tu as vécu enfant a sûrement conditionné ta vision politique.
Regarde en effet ce que tu es devenu ! Tout le contraire de ce que nous voulions être. Alors que, nous avions réduit le parc automobile de l’État à sa plus simple expression, justement pour économiser le denier public, tu as pendant ton règne été à vingt mille lieux des principes qui étaient les nôtres. Tu as acheté ton propre avion présidentiel. Il est vrai que tu n’avais accepté que du bout des lèvres le fait que j’avais décidé de voyager en « avion stop ».
Alors que j’ai pu à peine léguer une maison à ma femme et à mes enfants, tu t’es construit un grand domaine arboré, avec ton zoo personnel, à Ziniaré. C’est Caïn qui se prend pour Noé, n’est-ce pas ?
Tu as finalement construit ton grand palais présidentiel ; celui-là même que tu n’avais cessé de m’exhorter à construire pendant les 4 années de la Révolution, sans succès.
Après trente ans de règne
Parlons plutôt de ton présent : tu as toujours été jusqu’au-boutiste. Après trente ans de règne sans partage sur notre cher Faso, tu trouvais justifiable encore de prétendre à une décennie supplémentaire de règne. Si tu ne crains pas les hommes, crains Dieu au moins. Et dire que pour justifier mon éviction et mon assassinat – ma mort naturelle comme tu l’as dicté au médecin légiste- tu as osé me traiter d’autocrate. Tu as même osé dire que tu ne voulais pas ma mort et que si tu t’étais retrouvé devant celui qui m’a tiré dessus, tu aurais été capable de le descendre. Quelle maestria dans le mensonge ! Hypocrisie, quand tu nous tiens !
Disons-nous la vérité : tu peux tromper tout le monde mais pas ta propre conscience ; j’ose penser que tu en as une malgré tout. Reconnais que tu étais déjà à l’aéroport prêt à fuir, comme tu as fui en ce 31 octobre 2014, si les choses ne se passaient pas comme tu l’avais prévu, au moment même où tes sbires faisaient pleuvoir le fer et le feu sur mes compagnons et moi. Cela a été plutôt un grand soulagement pour toi de me savoir mort. C’est pourquoi, sans doute, mes exécuteurs et leur commanditaire direct, ont été cajolé par ton régime. Ceux-là, au moins, dont tu n’as pas réussi à t’en débarrasser et que tu as mouillés sciemment afin qu’ils deviennent les rouages de ton système, où le népotisme le disputait au système mafieux.
C’est ainsi que tu as transformé « Golf » en ton homme des basses besognes, liant ton sort au sien pour espérer à ce qu’il ne te dégomme. Cela a été une réussite époustouflante. Mais qui sait... ? Tu n’es plus au pouvoir et cela favorise les trahisons. Et comme tu le sais :« un militaire sans formation politique, est un criminel en puissance ». Cette dernière phrase te va aussi comme un gant à une main. Tu as dirigé notre pays, durant ces longues années, toujours en stratège militaire, calculateur machiavélique mais jamais en homme politique visionnaire. Tu as toujours pensé que la force, la crainte qu’on inspire par la cruauté suffisaient à fonder le pouvoir politique.
De mon vivant, je t’ai pourtant dit que tu étais dans la fausseté en pensant ainsi, mais sans jamais pouvoir te convaincre. Le pire, c’est qu’avec la tyrannie plus ou moins douce que tu as imposée à notre vaillant peuple, tu as fini par te convaincre et croire – en te basant sur les flatteries de tes courtisans intérieurs et de tes zélateurs étrangers- que tu étais désormais indispensable à notre pays, voire même à toute l’Afrique. Tu sais pourtant que les cimetières du monde entiers regorgent de gens qui se disaient indispensables.
Cela m’a même fait rigoler quand tu as osé répondre à Obama – notre fils d’Amérique- qui avait avec justesse affirmé que l’Afrique avait plus besoins d’institutions fortes que d’hommes forts. Tu as osé dire ceci : « Il n’y a pas d’institution forte s’il n’y a pas bien sûr d’homme fort ». Et tu as sous-entendu que c’était toi l’homme fort du Faso. C’est vrai, la presse étrangère n’a cessé de t’appeler ainsi depuis 1987. Mais es-tu obligé de le croire, toi ? Ignores-tu que « tout flatteur vit au dépens de celui qui l’écoute » ? Tu regrettes sans aucun doute cette déclaration aujourd’hui. En effet, quel est cet homme fort qui prend ses jambes au cou pour fuir son pays ; qui préfère devenir apatride juste pour sauver sa vie ; foulant au pied ses convictions et son honneur. N’est pas Allende qui veut !
Blaise, n’oublies jamais que si les tyrans, comme toi, se pensent si grands devant leurs peuples c’est parce que ces derniers sont à genoux. Sitôt que le peuple se met debout, le tyran retrouve sa juste condition humaine et tremble. C’est justement ce qui t’est arrivé il ya maintenant une année.
S’il te restait un peu de la dignité de notre peuple, tu saurais quoi faire aujourd’hui : te rendre toute honte bue ou te faire hara-kiri. Je sais que ce dernier mot n’est pas dans ton échelle de valeurs. Le sacrifice ce n’est pas ton truc, pour parler vulgairement. C’est la raison pour laquelle tu n’as jamais été vraiment partisan de cette partie de notre devise : « la patrie ou la mort » ; tu le disais juste du bout des lèvres. Sitôt que tu as pris le pouvoir, tu t’en es débarrassé.
La mort, tu as toujours préféré la donner aux autres que de la risquer. Moi, je n’ai jamais craint de mourir, car je savais que les dignes fils de la patrie survivent toujours à leur propre mort. Tu en es conscient aujourd’hui, je n’en doute pas. En effet, ce qui a le plus troublé ton sommeil, pendant ces trente longues années, c’est le fait qu’aucun jour ne se soit levé sans que tu n’entendes mon nom. Ma popularité posthume te révélait cruellement ta propre impopularité. C’est un fait patent. J’observe en effet que si tu a parfois paru tutoyer les sommets de popularité aux différents scrutins présidentiels depuis ta fameuse constitution de 1991, cela a été à chaque fois à la faveur d’un stratagème bien rodé.
Tu as toujours fait en sorte que les listes électorales soient taillées à ta mesure ; y étaient inscrits que les électeurs dont tu étais sûr qu’ils étaient tes partisans. Un collège électoral réduit de moitié, voire d’un quart, à chaque élection. Ainsi, du point de vue des standards internationaux les élections ont toujours paru démocratiques, mais dans le fond elles n’ont été qu’autant de hold-up électoraux.
C’est la raison pour laquelle, d’ailleurs, tu as préféré m’éliminer en 1987 plutôt que d’avoir à m’affronter dans une campagne électorale. Bref, il ne s’agit pas de revenir sur le passé ni de m’apitoyer sur mon propre sort. Il s’agit aujourd’hui de penser à la destinée nouvelle qui s’offre à notre peuple. Ce que les jeunes, les femmes, les hommes qui sont sortis dans les rues ont fait, en ce mois d’octobre 2014 (mais également en ces derniers jours de ce mois de septembre 2015, suite au putsch de ton quasi valet) c’est ce que nous aurions, nous-mêmes, aimé faire en août 1987 ; à savoir une authentique insurrection populaire. Ils ont pris l’Assemblée nationale et la RTB comme d’autres ont pris en d’autres temps leur Bastille, sous d’autres cieux. Ils auraient pu te déloger de Kosyam pour parfaire cet acte révolutionnaire. Mais il en fut autrement, parce que tu as choisi de démissionner et de fuir loin de là.
Si tu veux, tu pourras même dire un jour que tu en étais ; que tu as été le président entêté qui a révélé au peuple burkinabè que sa puissance émancipatrice était intacte. Mieux, ton entêtement fait que désormais aucun gouvernant au Burkina Faso n’aura plus l’occasion de faire ce qu’il veut de la liberté de ce peuple. Chaque gouvernement sait maintenant que ce même peuple qui l’encense aujourd’hui sera aussi celui qui le conspuera s’il viole ses intérêts. C’est l’acquis principal, à mes yeux, de cette insurrection. Nous en avons eu la preuve après l’acte terroriste de Golf et ses sbires le 16 septembre dernier.
Si je pouvais te donner des conseils, je dirais que tu devrais mettre fin à ta fuite pour te rendre à ton peuple pour être jugé par lui. Ce peuple, qui a tant versé son sang sous ton règne, a soif de justice. Si tu as jamais fait montre de ta dignité, c’est le moment de le faire pour mériter la clémence du peuple. Je ne dis pas que tu retrouveras ton sommeil d’autre fois mais au moins seras-tu plus proche de l’humanité que de l’animalité. A toi de choisir : tu peux choisir de mieux sortir de l’histoire que tu n’y es entré. Tu as dit le 1er novembre dernier accepter « d’être l’agneau du sacrifice de l’union nationale ».
Mais l’agneau est en fuite ! Sache que les burkinabè, vivants ou morts, ne t’en demandent pas tant. Ils attendent juste que toi et tous ceux qui ont répercuté ta férule sur les populations, répondiez devant la justice burkinabè pour vos faits et méfaits. Si tu crains que la justice de ton pays, que tu as installée et utilisée à ta guise, ne soit pas digne de foi, toi et les tiens pouvez demander à comparaître devant une juridiction supranationale telle que la CPI. Salut ! »




David Sawadogo alias Thomas Sankar

Source: http://www.lefaso.net/spip.php?article67395

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